lundi 14 octobre 2013

externaliser la fonction RH


est-ce que la fonction Ressources Humaines souhaite être apparentée à un constructeur sans usine ? Il est rarement habile ni totalement opportun de répondre à une question par une autre question mais : Pourrait-on envisager une Direction des Ressources Humaines totalement externalisée ? Ou au contraire, la Direction des Ressources Humaines doit-elle elle-même couvrir dans tous les cas l’intégralité de la fonction ?

c’est une fonction de terrain. C'est sur le terrain que l'on recrute, que l’on détecte les compétences clés, que l'on forme, que l'on licencie, que l'on sanctionne, que l'on conseille... Bien sûr, la définition d’une politique, d’une stratégie, la gestion des relations collectives au travail nécessitent de prendre de la hauteur pour une approche plus globale de l’activité, mais il est nécessaire de se recentrer sur les fondements de la fonction Ressources Humaines.

la dématérialisation conduit à la déresponsabilisation. C'est dans la fiche de mission du DRH (et/ou de son équipe) de connaître les salariés, les métiers, le marché du travail, le droit.

des courants de plus en plus nombreux et fournis tentent d'imposer la vision selon laquelle "on est e-DRH ou on n'est pas"... Outre le fait que la définition de ce concept paraît difficile à exposer clairement, il semble pour le moins farfelu. Nos boîtes de messagerie sont inondées chaque jour de publicité, de propositions, d'offres de service; tout ce dont nous avons besoin, ils l'ont et même qu'ils pourront faire plus. Cette approche est vraiment curieuse dans la mesure où, avant de répondre au besoin d'un prospect, il est bon de l'avoir identifié et analysé.

évidemment, le recours aux outils peut être utile, faire gagner du temps voire être incontournable parfois mais ne nous trompons pas : c'est la fonction qui doit entraîner les outils et non l'offre informatique qui doit engendrer les pratiques. Le travail d'un responsable de paie est de réaliser la paie. Il est rassurant d'avoir au sein de son équipe quelqu'un qui sait faire une fiche de paie à la main. C'est pourtant le b.a.-ba du métier.

on assiste également à l'émergence d'un paradoxe : on promet de plus en plus d'individualisation dans le traitement des salariés alors que les gros outils proposent de la gestion standardisée. Bien sûr qu'on peut vous faire du "sur-mesure" mais ça vous coûtera X jours / hommes en plus. En plus, on vous fournira de l'accompagnement, de la formation, le service après-vente, l'hébergement et l'équipe de consultants colcravattés qui va avec. On se doute que les prestataires ont fait leur le concept « passer plus de temps pour gagner plus ».

cette dictature de l'offre (le lecteur aura compris que l’on parle ici des services tout compris proposés par des Sociétés de vente de conseil ou de poudre de Perlimpinpin et non des prestataires fonctionnels dont les entreprises ne sauraient se passer) éloigne la fonction Ressources Humaines des préoccupations des salariés/clients. En effet, ils n'attendent pas seulement de leur Direction des Ressources Humaines qu’elle leur propose des prestations qui vont changer leur vie mais surtout qu'on les écoute, qu'on les comprenne, qu'on prenne en compte leurs besoins, qu'on les conseille et tant d'autres choses pour lesquelles il n'y a qu'une vérité : le terrain!

tous les outils tels que : blogs d’entreprise, univers virtuels, plate-forme collaborative, outils de formation… ne sont bien évidemment pas à jeter sans discernement mais ils doivent être mis en place pour satisfaire un besoin de l’entreprise, un besoin du terrain.

la problématique ne sera pas nécessairement la même que l’on soit dans une entreprise multi-sites internationale dans laquelle tout le monde est équipé d’un PC et formé à son utilisation ou dans une PME du fin fond de la Bretagne dans laquelle la sensibilité aux outils informatiques sera différente. Mais, dans les deux situations, la Direction des Ressources Humaines devra trouver les moyens de remplir sa mission de support de l’activité en s’adaptant au contexte de l’entreprise. Attention à ne pas croire qu’il existe un modèle unique.

les entreprises se recentrent sur leur cœur de métier ; la fonction Ressources Humaines doit faire de même. Aborder ce sujet revient à poser la question de l’externalisation. Quelle (s) matière (s) de la fonction peut-on envisager de confier à un tiers ? Il n’est pas possible d’apporter une réponse qui sera vraie dans tous les cas ni dans toutes les entreprises. Cette question est idéologique et amène à se demander sur quel processus l’entreprise est prête à perdre une partie de la maîtrise.

il existe des modes en la matière ou des cultures d’entreprise. Certaines sous-traitent tout ou partie de la paie, la gestion de la formation, le recrutement … Ne perd-on pas un peu de sens ? Le fait de se poser la question apporte sans doute une partie de la réponse.

outre la perte relative de contrôle, l’externalisation engendre des coûts et le recours à des prestataires doit être bien justifié. Dans les entreprises qui connaissent dans le cadre de leur activité des fortes variations en besoin de main d’œuvre, faire appel à un prestataire de travail temporaire est presque un réflexe. Cela peut être la meilleure solution mais il faut préalablement bien définir les conditions de mise à disposition. Un intérimaire est par définition un salarié qui est appelé à effectuer une mission temporaire pour le compte d’une organisation ; cette dernière n’a aucun gain s’il s’avère que ce salarié aurait pu être recruté par ses propres forces. La valeur ajoutée de l’entreprise de travail temporaire aura été de trouver le candidat souhaité dans un temps court.

c’est au DRH de définir en fonction des besoins de l’activité et de composantes économiques quelle matière peut être externalisée. L’externalisation peut être une solution de facilité, de confort tout comme la meilleure réponse. Un équilibre doit être respecté pour préserver la légitimité de la fonction Ressources Humaines qui est d'apporter le meilleur service à la Direction et aux opérationnels pour le développement de l'activité. 

jeudi 10 octobre 2013

le DRH est-il une "raclure surpayée et sans états d'âme?"


hier un article accessible sur "la page d'accueil la plus visitée du monde" a retenu mon attention. Il traitait de la fonction RH, ou plutôt de DRH aux parcours différents et qui les racontent dans des ouvrages (à retrouver ici). Le sujet est intéressant mais beaucoup moins que les "commentaires" qui ont suivi... Ils sont d'une extrême violence et témoignent d'une réelle méconnaissance de notre métier. On ne peut accepter l'intolérable et notamment les incitations à la violence mais ces mécontents ne nous montrent-ils pas le travail que nous avons à faire pour donner à notre fonction la place qu'elle mérite et peut-être aussi certaines pratiques que nous devons faire évoluer? 

voici une petite sélection (les plus violents ont été retirés) à laquelle nous tentons de répondre. 


concernant le premier commentaire dans lequel l'internaute fait état de son âge qui serait un "barrage" à l'embauche, il faut reconnaître que cette pensée existe dans certaines entreprises ou certains secteurs. Une entreprise a besoin d'avoir des hommes et des femmes compétents et peu importe qui est le détenteur des compétences : vieux/jeune, diplômé/non diplômé, femme/homme, en situation de handicap ou non ... Ce débat doit être dépassé et il est évident que tout le monde doit avoir sa place. Une fois que l'on a dit cela, il ne faut pas occulter le fait que certains"seniors" se retranchent derrière leur âge pour ne pas chercher à atteindre un poste. 

sur ce point donc, on peut conclure que progrès sont sans doute à faire du côté des DRH mais également des candidats. 

le second internaute semble penser que tous les DRH n'ont pas de sang dans les veines, pas de coeur et seraient des bêtes insensibles. Il faut, pour faire ce métier, une bonne dose de self-controle, un savoir-être qui permet de s'adapter à toute situation et à des tas d'interlocuteurs et un grand respect pour toutes les composantes de l'entreprise. Il arrive aux DRH d'avoir des maux de tête, de mal dormir, d'avoir des doutes... qui s'équilibrent avec les joies, satisfactions, intérêts du métier. 

inscrivons-nous donc en faux en réponse à ce second commentaire

le 3ème intervenant fait état de la posture des DRH. Arrêtons-nous sur chaque thème. 

"ils ne font que du vent" : il est vrai qu'en général les DRH passent leur temps à enfiler des perles et inventer des nouveaux concepts de pause... Rappelons tout de même qu'un DRH qui passe son temps dans son bureau est taxé de sectaire; quand il en sort pour aller à la rencontre des équipes, il fait du vent. 

"surpayés" : en général, les moins payés des comités de Direction. Non, vraiment pas surpayés. 

"ils se prennent pour des êtres supérieurs" : sur ce point je suis embêté; je pense effectivement que la fonction RH est la plus importante dans l'entreprise. Il faut peut-être que cela ne se voit pas trop... 

Ray, définitivement, je ne suis pas d'accord avec vous! Jaloux va... 

Sylvain nous permet d'aborder le sujet de la qualification et de la responsabilité. DRH est une vocation (presque un sacerdoce...) pour lequel les titulaires ont fait des études! Des formations spécialisées de haut niveau existent et je ne connais personne qui ait choisi ce métier par défaut; il doit confondre avec la fonction marketing... 

le "D" de "DRH" signifie bien "Directeur/Directrice"; n'en déplaise, le DRH a effectivement des responsabilités et il est payé (plutôt bien mais pas "surpayé", voir plus haut) pour prendre des décisions. Certaines sont plus agréables à prendre que d'autres mais elles doivent être assumées dans tous les cas.

Sylvain, je vous invite à partager un café pour échanger sur les réelles problématiques de notre métier!

le 5ème commentaire est plus caricatural mais permet de rebondir aussi sur une caractéristique du métier. Je condamne l'incitation à la violence mais nous la rencontrons. Le DRH a une place particulière dans l'entreprise. Il est rarement apprécié ou détesté pour sa personne mais plutôt par le poste qu'il occupe. Les rapports en sont donc souvent biaisés et il ne faut pas compter sur l'entreprise pour avoir des relations durables... (sauf dans certaines exceptions bien entendu). 

Nicolas, vous devez avoir des problèmes pour en vouloir à votre DRH de la sorte... Si j'adore discuter, convaincre, échanger, je pense qu'avec vous ce n'est pas la peine et je n'en ai pas une folle envie. 

pour finir, un jeu de mot sur les initiales DRH. Celui-ci n'est pas très original, plutôt triste. Ceci dit, on sent derrière mal-être qui amène à la prudence dans la réponse. D'autres jeux de mots : "Doux Rêveur d'Homme", "Décidément Rien d'Humain"... Plein je vous dis. 

la lecture de ces commentaires fait mal mais ne nous cachons pas; certaines pratiques condamnables continuent à exister et restent les seules connues par des gens qui contribuent à donner une mauvaise image de la fonction RH. Réagissons! 

lundi 7 octobre 2013

santé au travail : de plus en plus de besoins, de moins en moins de moyens...

un rapport commandé par le Conseil d'Orientation sur les conditions de travail révèle que le nombre de services de santé au travail et parallèlement le nombre de médecins habilités à exercer des visites médicales du travail continuent de baisser. Cette baisse, engagée depuis 10 ans, est en compète contradiction avec les mesures qui pèsent sur les entreprises et surtout les besoins des salariés. Décryptage. 

plusieurs réformes successives ont scellé le sort de la médecine du travail en France. Trop coûteuse, trop contraignante, elle a subi à la fois l'abaissement du numerus clausus et le vieillissement de sa population. Regroupements, fermetures, les services de santé au travail suivent le même chemin et leur nombre se réduit comme peau de chagrin. Plus de 1400 en 1995, il n'en subsiste que 800 en 2013. De même, les médecins qui étaient plus de 10000 en 1995 ne sont plus que 5500 en 2013 à exercer cette spécialité ingrate mais si importante. 

une institution née en 1946, une autre exception française

très peu de pays ont un système de santé au travail organisé au niveau national et régi par des lois. La France a montré le chemin en 1946 dans des circonstances évidemment exceptionnelles pour les salariés du secteur privé puis l'ensemble de la population active. Aujourd'hui, Espagne, Allemagne, Italie, GB, Canada, Etats-Unis ou encore Belgique sont également dotés de services comparables. Les médecins du travail français sont de véritables spécialistes qui suivent le tronc commun des études à l'université de médecine et des modules concernant les pathologies professionnelles et l'hygiène industrielle pendant 8 semestres. Si leurs attributions ont évolué au gré des réformes, leur rôle consiste à valider l'aptitude des salariés à leur poste de travail, accompagner les entreprises dans l'amélioration de leur condition de travail, effectuer des contrôles, protéger les salariés. 

partenaires des salariés, des entreprises et des syndicats

qui n'a jamais râlé à l'idée de se rendre dans le camion froid et inconfortable garé sur le parking de l'entreprise muni de son carnet de santé et autre flacon d'usage? Quel DRH n'a jamais critiqué la décision d'un médecin? Quel CHSCT n'a jamais accusé le médecin de "collusion coupable avec la Direction"? Les médecins du travail ont un rôle ingrat et une position qui leur garantit l'impopularité quelle que soit la décision qu'ils prennent. Pourtant, ils jouent un rôle indispensable dans le respect et l'amélioration des conditions de travail. En effet, lorsqu'ils demandent une évolution d'un poste de travail, elle ne profite pas qu'au patient concerné mais également à tous ses collègues. Par ailleurs, par leur connaissance, ils peuvent guider les DRH et les partenaires sociaux dans l'élaboration d'une politique de prévention. 

bien évidemment, nous avons tous rencontré un médecin qui ne prend pas de décision, un autre qui ne connaît pas la réalité du terrain et qui préconise des mesures inapplicables et qui agace beaucoup le DRH. Il en existe mais la plupart sont très investis et efficaces. 

des missions complexes, des moyens en berne

leurs connaissances doivent évoluer avec les lois, ils travaillent dans des secteurs différents, ont affaire à des publics variés, ont des obligations renforcées... et leur cible, la population active est plutôt stable dans notre pays, pourtant, la médecine du travail est détricotée, démantelée, désarticulée. Certaines visites médicales sont devenues obligatoires tous les 2 ans au lieu d'un rythme annuel. C'est la seule évolution notable qui permettrait de comprendre la diminution du nombre de praticiens. Les visites d'embauche ou de reprise restent elles toujours obligatoires. Et compte tenu du turn over moyen des entreprises qui augmente, du nombre de recrutement en CDD qui ont cours, ou encore du mal chronique qu'est l’absentéisme maladie, les visites n'ont pas diminué. Les problématiques ont mêmes évolué avec l'émergence des préoccupations sur les risques psycho-sociaux. Les services de santé au travail ne suivent plus. C'est à tel point qu'il devient difficile pour les entreprises de remplir leurs obligations. En effet, bon nombre de visites d'embauches n'ont lieu que plusieurs semaines après l'intégration. Les médecins n'ont plus le temps de se rendre dans les entreprises, les salariés se plaignent du manque de temps qui leur est consacré lors de consultations de plus en plus courtes. 

lorsqu'on interroge des professionnels du secteur, la réponse est souvent la même : leur secteur n'échappe pas à la nécessité de faire des économies en temps de crise... Je mets en cause cette position pour 2 raisons : cela fait 20 ans que les effectifs diminuent et les 20 dernières années nous ont quand même laissé entrevoir quelques belles éclaircies. Par ailleurs, peut-on transiger sur la santé? 

nous sommes souvent à la recherche d'exemples, de modèles... Concernant la médecine du travail, la France a été copiée, prise en exemple car elle avait mis en place un service performant et utile. C'est trop dommage de tout laisser tomber. 


lundi 30 septembre 2013

les syndicats sont-ils nuls?

à l'occasion de la sortie d'un livre "choc" Syndicats. Corruption dérives, trahisons (éditions Firts, Roger Lenglet et Jean-Luc Touly), l'hebdo l'Express a sobrement titré "Pourquoi les Syndicats sont nuls" pour son dernier numéro de septembre. Une telle affirmation mérite un décryptage et sans doute de mettre un point d'interrogation à la fin de la phrase. 

le paysage syndical en France a (très) peu évolué depuis 60 ans. 5 Syndicats de salariés sont représentatifs au plan national (CFDT, CFE-CGC, FO, CGT, CFTC) et des petits nouveaux (SUD et Unssa) s'installent tout en ayant une audience confidentielle. Du côté du patronat, la CGPME et le Medef occupent tout l'espace. La loi de 2008 sur la représentativité des organisations de salariés n'a pas changé la donne; du côté du patronat, on préfère ne pas se poser la question de la représentativité ce qui conduit à des situations où des combats de patrons sont menés en dehors des centrales. Par ailleurs, le taux de syndicalisation continue à diminuer, tournant autour de 8% avec d'énormes disparités selon les secteurs. 

travail du dimanche, réforme de la formation professionnelle (encore une...), sécurisation de l'emploi, réflexions sur le temps de travail, les retraites, la compétitivité des entreprises. Voilà une liste non exhaustive des sujets passionnants qui sont actuellement à l'ordre du jour des travaux des partenaires sociaux. Pour qui aime la fonction RH, le droit social ou encore l'emploi, les intitulés devraient suffire à susciter l'intérêt mais on s'en rend compte, les mobilisations ne fonctionnent plus, les discours ne font plus échos, les actions s'affaiblissent. Le fait que les organigrammes des principaux syndicats (CFDT, CGT, Medef) aient changé récemment n'est pas une cause de la faiblesse des discours mais semble plutôt assimilable à une conséquence. 

une certaine frange de la population dit que les syndicats sont inutiles. J'affirme au contraire qu'ils sont indispensables! Pourvu qu'ils soient bons... 

pourquoi les choses semblent ne pas fonctionner aussi aisément qu'elles devraient? 2 choses viennent immédiatement à l'esprit : argent et pouvoir. Est-il si étonnant de retrouver les mêmes mots (maux) que ceux qui caractérisent le monde politique quand on sait quelles proximités existent? Dire qu'argent et pouvoir posent un problème ne revient pas à parler de corruption, de détournement ou autres exactions. Ils existent peut-être mais le système seul tourne autour de ces 2 mots : plus l'audience d'une centrale est forte, plus elle perçoit de subventions, or l'argent, ce "nerf de la guerre" confère tous les pouvoirs et attise toutes les convoitises. Le pouvoir, c'est aussi siéger dans les conseils d'administration, présider des instances, décider de l'affectation des fonds dans les comités paritaires, avoir la majorité ou le pouvoir de blocage dans une entreprise. Ces bastions où tout le monde veut être existent à tous les étages des organisations nationales : mutuelles, organismes de sécurité social, Urssaf, commissions mixtes de branches professionnelles... ce qui renforce les intérêts locaux et peut créer des dissensions entre les bases locales et les centrales rendant encore plus flou le réel rôle des "camarades". Difficile en effet de comprendre la stratégie du syndicat CFTC dont les représentants signent un accord avec Séphora sur le travail du dimanche et qui, au niveau fédéral attaque le même accord. Pouvoir et argent induisent également indubitablement des stratégies individuelles (individualisme égocentrique ), celle du fameux salarié qui se syndique "pour se protéger" notamment. Elle existe, oui mais pas plus ni moins que celle de cet entrepreneur qui se fait élire dans l'instance locale de son syndicat dans l'espoir d'obtenir des facilités pour son entreprise. 

les fonds publics représentent aujourd'hui la plus grande part des budgets des organisations syndicales ce qui revient rapidement à poser la question de l'indépendance dans le dialogue et rend le système de relations vraiment complexe : les entreprises payent des impôts à l'Etat qui les redistribue aux syndicats qui vont discuter avec les entreprises de l'affectation des fonds qu'elles perçoivent par ailleurs ou qui sont issus de leur activité... 

ce système engendre ce qu'on pourrait appeler un consensus mou... Comment les patrons des entreprises peuvent-ils critiquer ouvertement et durement les syndicats de salariés alors même que ce sont eux qui les financent? Cela ne ferait pas sérieux. 

du côté des syndicats de salariés, est-il raisonnable de se fâcher trop fort et trop durablement contre un système qui assure pérennité et fortune? (ne retrouve-t-on pas ce questionnement dans le milieu politique?).

du côté du gouvernement, le financement des organisations syndicales et le fait que la conséquence d'un dialogue social non performant engendre une maîtrise de l'évolution des lois rendent impossible des prises de position trop radicales et définitives. 

et les salariés ou les patrons des petites entreprises dans tout cela? A quel niveau de réflexion sont-ils pris en considération quand tout est réglé en coulisses plutôt qu'autour de la table des négociations? Le vrai problème est là. Des préoccupations existent mais il y a peu d'interlocuteurs pour les gérer. Elles sont d'une nature différente des grands combats syndicaux "historiques" mais les mettre de côté ou les traiter par-dessus la jambe reviendra à affaiblir encore le dialogue social. Plus grave encore, cela mettra en danger des salariés et donc des entreprises ou des entreprises et donc des salariés. 

non, les syndicats ne sont pas nuls! Ils comptent dans leurs rangs des personnes compétentes et constructives. C'est tout le système qui est à revoir pour que les partenaires sociaux aient un réel poids, de réels intérêts à négocier et représentent vraiment leurs adhérents. 

quelles sont les solutions? Des clarifications dans les comptes des syndicats ont commencé. L'amélioration passe nécessairement par là. Tant que la suspicion d'utilisation ou de provenance douteuse des fonds persistera, le dialogue restera entaché et le "tous pourris" employé pour le monde politique le restera pour le mouvement syndical. Par ailleurs, l'organisation globale du système est-elle efficace? Difficile de penser qu'une même centrale peut intervenir sur tous les fronts, sur tous les métiers avec autant d'efficacité. Sans doute qu'un dialogue social plus "corporatiste" serait plus adapté à certaines discussions. 

pour changer, il faut une intention politique, or, le système est le même depuis des décennies; cela veut-il dire que tout le monde s'en satisfait (état, entreprises, syndicats patronaux et de salariés, électeurs)? J'espère que non. 

mercredi 25 septembre 2013

le bilan social individuel (ou individualisé ou personnalisé) : un redoutable outil de communication trop peu utilisé.

une étude menée en février 2013 par le cabinet Aon Hewitt auprès de 290 entreprises du périmètre Europe, Moyen Orient et Afrique révèle que seules 16% des entreprises sont satisfaites de leur communication sur les avantages sociaux qu'elles proposent aux salariés. 

subvention au comité d'entreprise, chèques restaurant, intéressement, primes, participation, participation employeur à la mutuelle, crèche d'entreprise, avantages divers et variés font maintenant de plus en plus partie des "packages" dont peuvent bénéficier les salariés (et pas que les cadres, non, non) dans les entreprises. Ces mesures, parfois mises en place par la loi et dans ce cas, souvent améliorées par les entreprises ou les branches, ou directement décidées par l'employeur dans le cadre de négociations ou non viennent à la fois impacter les coûts de l'employeur mais aussi considérablement améliorer le quotidien des salariés. 

la plupart des entreprises (76% du panel) communiquent régulièrement sur ces sujets; oui mais comment? A qui cette communication est-elle destinée? N'est-elle pas trop souvent faite sous le manteau? Mettons-nous d'accord, mieux vaut une communication sobre et réelle plutôt que des chichis enrobés de guimauve (!) mais pourquoi cacher ce que l'on fait de bien? 

la pudeur, la prudence poussent à ne pas en faire trop dans la mesure où mal mises en avant ces dispositions peuvent vous revenir dans les dents façon boomerang mais il n'est pas impossible d'éviter la démagogie. L'introduction d'une telle comm' doit être bien préparée, testée auprès d'un panel, revue et corrigée puis présentée. 

bien mettre en avant ses avantages sociaux fournit de solides arguments pour une communication interne comme pour l'externe. 

les salariés (enfin les humains, nous en fait) ont toujours tendance à se comparer. Se comparer avec les collègues, se comparer avec des copains qui font à peu près le même travail dans une entreprise d'un secteur proche qui connaît à peu près le même contexte et bien évidemment toujours en prenant en compte les valeurs supérieures à chaque stade de comparaison. On compare allègrement des salaires mensuels sur 13 mois avec ceux d'une année civile classique, du net, du brut, des primes d'objet complètement différent ou encore des salaires horaires sans prendre en compte des majorations. Cela donne donc toujours lieu à des "injustices flagrantes auxquelles il est souhaitable de mettre fin au risque de connaître un exode jamais connu par la Société ou  de démotiver les salariés et de conduire à une baisse de compétitivité de l'entreprise qui se fera immanquablement dépasser par ses concurrents et sera entraînée dans les pires difficultés... "

afin de s'éviter les réponses à ce genre d'argumentation solide soutenue par des gens qui parfois n'y croient même pas, il existe un outil simple pour lequel on trouvera 150 modèles mais qui, sous une forme simple permet de bien cadrer les choses. Voici un exemple avec un chef de service X exerçant dans une entreprise Y qui évolue dans une branche Z (on comprendra la réplicabilité de l'exercice...)



Rémunération (A)


Salaire de base : 35000
(base 2012 soit 2917)
Primes : 2000
Véhicule : 5000

Rémunération brute : 42000

Avantages sociaux (B)


Mutuelle part employeur : 200
Prévoyance patr : 150
Avantages en nature : 500


Avantages sociaux : 850



Intéressement & Participation (C)

Prime intéressement : 1000
Participation : 850



Intéressement :  1850


Total général
(A)  + (B) + (C)

Rémunération brute : 42000
Avantages sociaux : 850
Intéressement : 1850


Total : 44700

Soit 15.3 mois de salaire de base

les sommes et leur nature citées ci-dessus sont bien évidemment des exemples et l'on pourrait trouver un 13ème mois, des tickets restaurants, une rémunération variable individuelle ou encore enlever intéressement et participation selon la situation de l'entreprise. 

ce tableau est en quelque sorte une mesure du pouvoir d'achat des salariés. Il est contestable à bien des niveaux puisqu'on compare des sommes de différentes natures (nettes, brutes, imposables ou non) mais si l'on regarde bien, il regroupe l'intégralité des sommes ou services auxquels le salarié peut prétendre en contrepartie de son travail et de son appartenance à l'entreprise. Dans ce cadre, la seule valeur pour laquelle la comparaison peut avoir un sens, c'est la somme globale et le nombre de mois de salaire de base. 

les syndicats ont souvent du mal à accepter ce tableau qui est pourtant un reflet de la réalité de la relation entre l'entreprise et le salarié. C'est une très bonne invitation à la diversification du dialogue social (pourtant seules 44% du panel d'entreprise l'utilisent comme tel). Pour le coup, l'étude peut se faire ici en comparant les individus selon leur poste, leur statut, leur ancienneté, de mesurer des évolutions... et tout est objectif. Il devient possible dans le cadre d'une politique d'égalité de fixer des orientations de convergence par exemple. 

cet outil est également redoutable en ce qui concerne le recrutement. En effet, les candidats comparent de plus en plus les conditions en ne regardant "pas que" le salaire de base. Avec le bilan social personnalisé, il est possible de leur dire en un clin d’œil ce à quoi ils peuvent prétendre à l'embauche, 6 mois ou 1 an plus tard. 

pourquoi ne pas communiquer ces informations régulièrement aux membres du CE ou carrément les introduire dans les outils de recrutement présentés aux candidats? DRH, faites savoir que vous faites du bon travail!